Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris se séparent. Or, c’est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c’est lui qui l’a entièrement rénovée.
A présent, ils sont obligés d’y cohabiter, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger. A l’heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu’il juge avoir apporté.

Un besoin de reconnaissance partagé…

Les thérapeutes Nicole et Bernard Prieur précisent, dans leur livre, « La Famille, l’argent, l’amour. Les enjeux psychologiques des questions matérielles »  chez Albin Michel que«Lors des séparations, l’argent devient une véritable arme de guerre (…). Quand on a le sentiment de ne plus compter, pour ceux qui comptent, ou ont compté pour nous, le sentiment d’injustice lié à l’absence de reconnaissance s’installe. »

En filmant, le couple Boris et Marie, dans cette période de cohabitation, Joachim Lafosse met en lumière l’attente de reconnaissance, dans lequel chaque membre du couple est. Cette attente vire à l’obsession et la réalisation cinématographique rend extrêmement bien la tension existante au sein de la relation de couple. Marie souhaite que Boris reconnaisse que son salaire régulier a permis de combler les fins de mois quand c’était nécessaire. Cela leur a permis de continuer à vivre dans cette maison. De son côté, Boris souhaite que Marie reconnaisse que c’est grâce à lui, et à sa capacité à faire des travaux, que la maison est comme elle est aujourd’hui.

Difficile à évaluer…

Alors qu’il existe des unités de mesure permettant de définir le temps, les masses, les distances, comment évaluer cette « juste » reconnaissance ? Dans l’histoire de Marie et Boris, c’est la valeur de la maison qui, en devenant le centre du conflit, permettra de donner la valeur sous-jacente à cette juste reconnaissance attendue. La valeur de la maison vient réparer les déceptions et les rancœurs accumulées. Ce film nous montre qu’une juste reconnaissance est d’autant plus difficile à évaluer que chacun aborde le conflit sur la maison à travers le prisme de sa propre histoire familiale. En utilisant les mots « capitaliste » ou « valeur travail », Boris fait intervenir son éducation dans le conflit. Il invite aussi le rôle du père de Marie dans leur histoire. Il lui rappelle que la maison n’aurait jamais pu être achetée sans le père de Marie ; elle lui réplique qu’elle n’a jamais pu compter sur son père. A la fin du film, un scène présente Marie qui s’endort en tenant la main de Boris. Cette scène vient en écho avec une scène du début du film où le spectateur voit Marie ne pas réussir à tenir la main de Boris. Le conflit semble temporairement apaisé, mais selon le réalisateur la séparation est inévitable.

Le regard du conseiller conjugal

L’écoute bienveillante d’un conseiller conjugal, leur aurait permis de nommer les émotions par lesquelles ils sont traversés pendant leur cohabitation. En effet, nommer ses émotions et comprendre les émotions de l’autre, permet souvent d’entamer une réflexion et d’arrêter les pensées qui tournent en boucle, de créer un espace de dialogue sécurisé, un lieu d’échange propice à l’accueil des attentes respectives de chacun. Ainsi leurs réflexions auraient pu être enrichies par des questions telles que :

  • Marie, comment souhaitez-vous que Boris vous exprime sa reconnaissance ? Qu’attendez-vous de lui ?
  • Boris, comment souhaitez-vous que Marie vous exprime sa reconnaissance ? Qu’attendez-vous d’elle ?

L’objet du conflit aurait pu alors être déplacé et ne se serait plus porté essentiellement sur la maison. Faisant partie intégrante du conflit, les membres du couple ne peuvent pas toujours identifier les autres enjeux des désaccords. Alors, quand les tensions deviennent trop difficiles à porter, se faire aider par un conseiller conjugal peut s’avérer bénéfique.

Blandine Luc, Conseillère Conjugale et Familiale 

 

 

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